le cuir est notre univers

Le Cuir n’est pas encore majeur dans l’économie de Graulhet

Cuir de mouton en finition

Comme annoncé lors du post précèdent, il ne faut pas oublier que la production de laine et autres tissus, notamment les draps de laine, est sans conteste la première activité urbaine à l’époque dans le Graulhetois.

L’essor Grauhletois et l’avènement de la basane

La production d’un drap de laine nécessite une quantité d’activités. Après la tonte, les femmes battent la laine sur des claies pour en enlever les impuretés, puis la plongent dans des bains successifs pour la désuinter. La laine est ensuite cardée et peignée à l’aide de cardes, petites planches en bois rectangulaires dotées de dents. Placée entre deux cardes, la laine est peignée jusqu’à ce qu’elle soit facile à filer. Ce sont aussi les femmes qui filent à la quenouille. Quenouille à laquelle on suspend le fuseau que l’on alourdit d’un poids (le peson) pour tendre la laine. La laine est alors transformée en fil grâce à un délicat travail de rotation suscité par le poids du fuseau.

Le XIIIe siècle verra l’apparition du rouet. Le cardage et le filage sont souvent des activités rurales apportant un complément de revenu aux paysans. Une fois la bobine de fil constituée et vendue, le tissage peut alors commencer.

Autre activité entre textile et cuir à Graulhet : le feutre et la chapellerie encouragés par l’Amiral de La Jonquière, alors Gouverneur du Canada (milieu du XVIIIe). Cette production connut une période d’expansion au XVIIIe et jusqu’au milieu du XIXe siècle : sous-produits de la tonte des moutons et des peaux lourdes de bovins, d’équidés, de chèvres, la laine et le poil récupérés et traités devinrent du feutre mou pour le dos des chevaux et du feutre pressé pour les chapeaux lourds qui équipèrent les armées américaines pendant la guerre de Sécession (1861-1865). Sans oublier ce petit rond de basane, à l’intérieur du chapeau pour protéger le feutre de la transpiration !

Signe particulier qui marque l’essor de la ville : la construction du Pont Vieux en 1244 qui permet à Graulhet de franchir le Dadou et au quartier Saint-Jean de se développer sur la rive droite de la rivière.

Le Pont Vieux à Graulhet  © Francis M - Panoramio

Le Pont Vieux à Graulhet © Francis M – Panoramio

Le travail du cuir, pour des raisons d’hygiène, se faisait « hors les murs de la ville ». Une visite des berges à partir du Pont Vieux permet de découvrir l’architecture des tanneries médiévales avec toutes leurs caractéristiques : arcades de pierres et briques pour le travail de rivière, étages à pans de bois pour la corroierie, galetas de persiennes et claustras pour le séchage.

Cette architecture rappelle les trois étapes essentielles du travail du cuir : le « travail de rivière » qui prépare la peau pour le tannage (trempe dans l’eau vive, épilage, écharnage), le tannage lui-même qui transforme la peau en cuir, substance imputrescible, par l’action du tan, du redon (petit bouleau de Montredon-Labessonnié), du sumac de Palerme, du quebracho d’Amérique du Sud, et enfin le corroyage qui transforme ce cuir tanné pour le travail du maroquinier.

Mais un évènement d’importance se produit en 1851 : l’arrivée à Mazamet des peaux de moutons importées d’Argentine, d’Australie ou de Nouvelle-Zélande. A Mazamet le délainage, à Graulhet le travail des cuirots. C’est l’émergence de la mégisserie. Et le savoir-faire graulhétois va parcourir le monde !

Alors Graulhet s’envole, les mégisseries s’installent tout le long du Dadou et de ses affluents ; puis, au gré des évolutions techniques, hors de la ville. Au lieu de quelques centaines de milliers de peaux à traiter, arrivent à Graulhet des millions et des millions de peaux supplémentaires par an.

Graulhet devient la capitale mondiale de la basane (doublure de chaussure). 300 coupeurs de semelles découpent au tranchet des millions de paires pour alimenter l’Europe et les usines BATA à Prague. Puis on teint en jaune avec la racine d’épine-vinette, en rouge avec la mouche de l’espèce des cochenilles, en gris avec le sulfate de fer, en marron avec du bois de campêche fermenté.

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Natif de Graulhet, issu d'une famille de mécaniciens, spécialistes des machines du travail du cuir, j'ai commencé ma carrière professionnelle très tôt à 17 ans. D’abord à Graulhet puis rapidement en région Lyonnaise. Chez le leader mondial de construction de machines de tannerie. Très vite, au service export me voilà parti à sillonner le monde (début des années 70), à la rencontre de cultures et de traditions de notre fabuleux métier. Puis j'ai évolué en apprenant sur le tas comme beaucoup avec en parallèle une formation continue (CNAM). Je suis très impliqué dans le monde du cuir à Graulhet, et suis actuellement Secrétaire Général du "syndicat des patrons mégissiers de Graulhet". Je continue apprendre tous les jours à l'heure ou d'autres ont choisi une retraite bien méritée. Mon travail c'est ma passion! (avec la cuisine...).

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