jan
06
2009
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Entretien de M. Didier AARON, Vice-Président du Syndicat des négociants d’objets d’art

M. Didier Aaron a tout d’abord souligné l’importance du marché de l’art en France. D’une part, les métiers engendrés par ce marché en France perpétuent une main d’oeuvre d’une qualité unique au monde au point de vue de la qualité et il est essentiel de la sauvegarder. En second lieu, la clientèle des grands antiquaires contribue à la vitalité du marché de luxe. La Biennale des Antiquaires à Paris est, avec Maastricht, l’exposition la plus importante du monde et elle draine un nombre considérable de touristes.

Dans les années 50, le marché de l’art français était le premier au monde, avant d’être supplanté par les Anglais, grâce, notamment, au génie de Peter Wilson. M. Didier Aaron a déclaré qu’il était depuis longtemps partisan d’une réforme de la profession de commissaire-priseur et que l’échec des diverses tentatives effectuées jusqu’à ce jour était dû à une profonde méconnaissance de la profession par les fonctionnaires du ministère de la Justice dont elle relève. Aujourd’hui, il est indispensable de laisser les Anglais s’installer en France afin de relancer le marché et d’intensifier les échanges. Cela contribuera à faire de Paris un pôle culturel mondial.

M. Didier Aaron, à la demande de M. Yann Gaillard, a ensuite identifié les mesures à prendre d’urgence pour améliorer la situation actuelle : la TVA à l’importation qui est totalement dissuasive et ne rapporte donc plus rien ; le droit de suite qui ne profite qu’à quelques familles illustres et ne sert qu’à faire vivre les sociétés chargées de la percevoir ; la convention unidroit signée par la France et dont il s’est déclaré opposé à la ratification par le Parlement. Selon cette convention, tous les objets d’art sortis d’une manière illégale de leur pays de création doivent être rendus à leur pays d’origine. Ce serait, dans ce cas, la quasi-totalité de ses départements d’art grec et égyptien que la France devrait rendre.

M. Yann Gaillard l’ayant interrogé sur l’importance des antiquaires en France, M. Didier Aaron a estimé que leur activité était au moins égale à celle des ventes publiques. Il a déclaré que Paris était la seule ville au monde où il restait des grands antiquaires et que ceux-ci contribuaient au prestige de la capitale. Il a ajouté que les relations avec les musées s’étaient améliorées et que les marchands et les conservateurs avaient compris l’intérêt d’une bonne collaboration. Il a déploré que les commissaires-priseurs français, faute d’une politique adaptée, aient perdu leur place et il a souligné l’extrême nécessité de légiférer sur l’ouverture des ventes publiques avant fin 1999 afin d’être en mesure de faire face à la concurrence de New-York qui devenait le centre mondial du commerce de l’art.

A M. Yann Gaillard, désireux de connaître son opinion sur les procédures de protection du patrimoine, M. Didier Aaron a répondu qu’il était favorable au principe, tout en reconnaissant que les musées devaient éviter de constituer des réserves trop importantes et que la circulation des objets d’art était nécessaire. Il a souhaité que l’interdiction de sortie d’un objet d’art soit assortie d’une obligation d’achat par l’Etat pour ne pas léser le propriétaire. Il a conclu que la France disposait d’atouts majeurs pour reconquérir la première place dans le marché de l’art : Paris est une ville prestigieuse qui constitue un puissant centre d’attraction ; les collectionneurs français sont en nombre important ; il existe de nombreux marchands de qualité ; enfin, les réserves d’objet d’art sont encore considérables sur le territoire français.

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